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# Ce que j'ai pensé de Reality Awaits
- URL: https://www.aarchive.online/ce-que-jai-pense-de-reality-awaits/
- Published: 2026-07-27T15:09:00.000Z
- Updated: 2026-10-24T15:15:42.000Z
- Author: Emile Biraud

Pour être tout à fait honnête, après TNA, les rumeurs infondées d’un nouvel opus en 2022, une presta live moyenne à Rock en Seine, les déclarations dégueu de Casablancas, puis un silence assourdissant, je n’attendais plus rien.  
  
J’avais reçu, des Strokes, suffisamment d’éléments constitutifs de ce qui a bâti l’auditeur que je suis. Je n’en voulais pas plus, par satiété, mais aussi, soyons honnêtes, par peur qu’un projet “pour la thune” (pour reprendre les mots de JC) vienne ternir l’image du culte. Puis tout s’est réveillé : l’annonce, les singles, puis l’album, septième de la fratrie.

Ça y est, il est là. J’ai voulu laisser passer le week-end pour me faire un avis. Vivre un peu avec ce compagnon qui s’imposait à moi, pour l’accueillir dans les meilleures conditions. Suffisamment d’indulgence s’il n’était pas à la hauteur, et au moins autant de distance pour taire l’éventuel trop-plein d’une euphorie malvenue.

Une première écoute nocturne et un week-end au vert plus tard, le verdict tombe : crainte et tolérance n’étaient pas les outils adéquats pour appréhender cet album, qui a eu l’élégance de s’inviter dans les aspérités de mon quotidien sans que je m’en rende compte : à l’écoute, puis comme une sorte de réflexion suspendue. Qu’est-ce que je dois penser de cet album ? Est-ce que je dois en penser quelque chose ? Je n’en sais rien, et ça illustre bien la métamorphose de mon rapport à l’art en général : l’envie de retrouver un rapport plus simple, plus sensoriel.

C’est en me faisant cette réflexion que j’ai pu saisir ce que je pensais de Reality Awaits : un album agréable, dont les mélodies, d’une efficacité redoutable, me portent d’une écoute à l’autre. Je kiffe, sans y chercher plus de profondeur : exactement comme lors de ma découverte de Room on Fire. Et, à l’inverse, justement, de ma découverte de The New Abnormal, laquelle avait été gâchée par une quête de sens derrière le son, de détails cachés ou de geekerie abusive.

D’un point de vue plus terre à terre, je me suis tout de même fait deux ou trois réflexions :

\- Pourquoi Dine N’Dash et Lonely in the Future ne sont pas les deux singles évidents de cet album ?

\- Sympa que le groupe se positionne enfin, un tout petit peu, sur quelques sujets politiques (ce qui arrive bien assez tard, soyons francs ; à leur place, en 2026, ne pas le faire aurait été clairement déplacé).

\- La place de ce putain de vocodeur, que je trouve… totalement à propos !

Le vocodeur, parlons-en :

En recueillant vos retours, à chaud, sur cet album, c’est assurément le sujet qui est le plus ressorti : “Pourquoi tant d’autotune ?” Je dois avouer avoir été assez surpris par cette vague de déception. Pour remettre l’église au milieu du village, on va se refaire le match : ça fait 10 ans, si ce n’est 15, que le vocodeur fait partie intégrante de l’identité vocale de Casablancas (les Strokes, les Voidz, les solos, les featurings, etc.), et si on parle de modificateurs vocaux au sens large du terme… je vous invite à écouter, ou réécouter, Is This It, leur premier album, dont le titre éponyme, qui ouvre le disque, est déjà chargé en traitement vocal. Certes, pas le même, mais traitement quand même.

Quant à l’argument “pourquoi gâcher une si belle voix ?”, arrêtez de maxer : ceux qui ont déjà vu Casablancas en live auront plutôt tendance à remercier le vocodeur (avec tout le respect et l’amour que j’ai pour ce mec).

Le pic sur Fantano : pas obligatoire, pas grossier non plus. Après tout, si le but est de trasher sur les critiques d’un coup sec, on prend le plus gros, le plus virulent, et on l’attaque en douceur. Il n’y a pas mort d’homme, puis j’imagine que ce bon vieux Anthony parlera de cette “dédicace” à ses petits-enfants… Au final, tout le monde est gagnant.

C’est mon groupe préféré, donc mon avis est forcément biaisé. Mais je sais tout de même garder quelques bribes d’esprit critique en ce qui concerne les Strokes. Parmi les innombrables raisons d’aimer une œuvre, il existe de multiples portes d’entrée : son histoire, la poésie des textes, une instrumentation virtuose, un sens du timing, de la mélodie, ou un positionnement politique fort et audacieux. Ici, rien de tout ça, ou plutôt, une tranche de chaque élément, qui constitue un équilibre précaire, générateur d’une aura qui entoure le quintette.

Quel est le meilleur album des Strokes ? Quel est leur meilleur titre ? Leur meilleure période ? Le meilleur membre ? Aucune réponse universelle n’existe. Le seul truc qui unit la fanbase, (tenace malgré le peu de respect auquel ils nous habituent), c’est cette espèce d’âme, d’image, de fraîcheur qui entoure ce groupe.

Les Strokes, c’est un mélange cool, constitué d’ingrédients tous plus ringards les uns que les autres. Chaque nouveau service s’annonce comme le dernier, et on redoute l’annonce d’un nouvel opus, justement, par peur que la recette ne fasse plus illusion.

Reality Awaits n’est pas le meilleur album des Strokes, pas le meilleur album de l’année, et peut-être même pas le meilleur album de la semaine. Sauf qu’on ne parle pas de ça. Miraculeusement, ce groupe, qui aurait pu (dû ?) naître et mourir en 2001, composé de pièces toutes plus dysfonctionnelles les unes que les autres, et qui semblait sombrer dans l’aigreur à de maintes reprises, livre un album fun, frais, et bien dans son époque : surréaliste pour 5 vieux beaux de 50 piges.

Bref : j’ai aimé.

NDLR : faut voir comme la cover est guez.

![](https://storage.ghost.io/c/9a/d1/9ad1b2bf-dc42-426f-b84f-a35b51ba420e/content/images/2026/10/juliancasablancas-1.jpeg)